Introduction

De JURIPLEX
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Ce blik est à l'intention de tous. Il est de libre rédaction d'un primauteur à son initiative propre ou sur les suggestions reçues (et parfois débattues) par mail.



La cybernité


La "cybernité" des choses et des êtres est quelque chose que nous pénétrons peu à peu depuis ce que nous pouvons appeler la singularité techno-logique [1], c'est-à-dire le complément à la réponse d'Aristote, apporté par Poincaré en 1889, à la question de Thalès.

L'image associant le cyberespace au domaine de l'informatique répartie est équivalente à celle du sol par rapport un pays, une nation, une culture. La cybernité est d'abord un état d'esprit, une mnémonique, des compétences, un mode de résolution, une méthode de pensée. Elle est souvent appelée "post-modernité" par défaut par confusion avec les théories "post-humanistes".

  1. Ne pas confondre avec la singularité technologique dont le concept est notamment porté par Raymond Kurzweil de chez Google. La technologie des ordinateurs deviendrait "plus intelligente que l'homme" en 2020 : ce serait une concrétisation artificielle symbolique dans la réalité quotidienne du changement paradigmatique. NB.: Une singularité est mathématiquement un point de discontinuité autour duquel les conditions sont mal définies ou "critiques".


De quoi s'agit-il ?


L'humanité s'est accommodée jusqu'à Thalès d'une dichotomie entre l'individu (ou le privilégié vs. esclave) et la nature comprise comme un substrat confus (chaos) gouverné par des phénomènes interactifs sur lesquels on a pas prise (principes), dont il faut s'accomoder, ou que l'on pourrait en partie se ménager (dieux). De multiples noms lui ont été donnés : "yin et yang" chinois, "tohu-bohu" hébreu, "noun" égyptien, etc.
La sagesse (sophia) consiste à tenter de comprendre le pourquoi des règles (logos) de ces phénomènes afin d'en tirer avantage : pour cela la science cherche à progresser dans sa théorie (à partir de l'observation et du raisonnement) du comment (techne) des objets qu'elle considère.


  • Thalès est celui qui s'est engagé dans la recherche du mécanisme de fonctionnement propre des "dei ex machina" des choses. Son élève, Anaximandre, est considéré comme le premier scientifique pour avoir poursuivi et infléchi concrètement sa recherche, sans repartir à zéro.
  • Aristote est parvenu à la synthèse logique, fondée sur le syllogisme ("discours dans lequel, certaines choses étant posées, quelque chose d'autre que ces données en découlent nécessairement par le seul fait de ces données") et l'affirmation d'un unique moteur premier du mouvement de toutes choses qui, repris par la tradition mosaïque du "Je suis" à conduit à la dichotomie entre pensées d'une part adoptant et d'autre part ignorant, disputant ou s'opposant à la possibilité de son incarnation historique.
  • Poincaré a déclenché le changement paradigmatique du monde actuel, rapidement concrétisé par Clemenceau ("intellectuels", 1898), Plank (Physique quantique, 1900), Einstein (Relativité, 1905), Goëdel (incomplétude mathématique, 1931), Turing (machine informatique, 1936), Pouzin (réseau des réseaux, 1973), en démontrant (1889) l'insolvabilité par la raison mathématique du problème des n-corps selon les lois de Newton. Il ne s'agit plus de vivre avec, de comprendre comment cela marche, mais de survivre tous ensemble. Notre monde n'est plus celui de la logique à deux prémisses, tiers et milieu exclu, mais celui de l'agorique (cf. infra) à n-racines.


L'implication


Bien que le syllogisme d'Aristote puisse être à n-prémisses, la dialectique platonicienne (ou n = 2), a conduit à le cantonner au discours dialectique (majeure, mineure, conclusion) et donc à cette logique du tiers et du milieu exclu, fondement des mathématiques, qui parait singulièrement adaptée à la raison humaine et au raisonnement réductionniste, au hierarchisme neuronal, comme à la génétique et à son enchaînement évolutionniste.
  • Poincaré a montré par l'insolvabilité des n-corps que lorsque le réductionnisme ne s'applique pas, c'est à dire lors de la simultanéité trois champs ou prémisses ou plus. Les outils de la raison humaine, telle qu'étalonnée au cours des millénaires précédents, ne suffisent plus. Notre capacité de pénétration de l'intrajacence des choses nous en a recelé la nature complexe, c'est-à-dire à tiers maillés (du latin complexus, tissé) et de milieux en devenir possible (dynamique).
  • Aristote décrit l'architectonique, discipline des prémisses, comme la science de la politique, dont l'art est de conduire les hommes libres, notamment par la loi. La multiplication des prémisses et le maillage intellectuellement facilité des hommes et donc influençable dans les limites des faiblesses possibles de cette facilitation, ne sauraient laisser les jurisconsultes indifférents. Et ne les ont pas laissé !
Toutefois, l'observation architectonique des réponses apportées depuis plus d'un siècle montre qu'elles sont encore ambigües : elles ne permettent pas d'établir si ce que l'on peut donc appeler l'"agorique" (ou discipline du comportement des agoras) est :
  • une capacité "plus-humaine" que nous sous-employions,
  • ou s'il s'agit d'une nouvelle méthode, alternative au réductionnisme que nous avons découverte ?


Le plus-humanisme


Les tenants de la singularité technologique (en un seul mot, et restant à advenir d'ici une dizaine d'années), penchent pour un "transhumanisme" conduisant au "post-humain". Il ne s'agit donc plus d'un nouveau paradigme, mais d'une nouvelle espèce : il serait donc hasardeux et inutile de se préoccuper des fondements de la post-humanité avec nos intellects et nos capacités proto-post-humaines. Notre rôle serait plutôt de tenter de gérer la transition, au plus près du quotidien de ce qui s'impose.

Toutefois, ce que nous avons appris depuis quelques dizaines d'années nous permet de ne sans doute pas nous tromper en disant :

  • un passage au "post-humanisme" serait une circonstance critique, mathématiquement décrite par la "théorie des catastrophes" de René Thom dont le résultat serait une "SOC" (self-organized crticiality) telle que théorisée par Per Bak, c'est-à-dire un phénomène tout à fait naturel, comparable à qui se passe lors d'une avalanche ou à une explosion nucléaire, où la recomposition de l'ordre naturel nouveau est imprévisible. Il serait donc probablement totalement illusoire d'en vouloir faire une "fission contrôlée par la loi".
  • les théories avancées et appliquées depuis le début du XXème siècle, et particulièrement la convergence de 1974 [1], nous donnent à penser qu'il est possible à la société humaine de s'adapter en veillant à partir du "plus-humain" sans avoir à se réclamer d'une évolution post-humaine.


Nous nous plaçons donc, par devoir de précaution (au cas où la conception "post-humaine" était erronée ou suffisamment tardive pour une transition "plus-humaine" d'une durée socialement significative), dans le contexte de l'hypothèse que le bon vieil humain en a encore pour un siècle ou deux, mais dans un environnement que nous décrirons comme "hyperréel/hypernaturel", par homogénéité avec les notions d'hyperlien ou d'hypermédia, c'est à dire où la complexité interne aux choses, et aux règles, est devenue à portée de réflexion courante, personnelle, déléguée ou partagée (conflexion) grâce aux outils et technologie de facilitation intellectuelle.


  1. Cette année-là, une convergence de maturations théoriques : hyperlien, hypermédia, synthèse agorique, réseau des réseaux, fractalité, énaction, autopoïèse, qui peuvent conduire à une "agorèse" architectonique crédible et informatiquement modélisable.


Préparation d'un Colloque de Droit Complexe


Ce qui est ici concerné se situe au cœur de la "société de l'information" telle que celle devant être construite (selon l'Engagement de Tunis du "Sommet Mondial du la Société de l'Information", Tunis 2005) qui doit être centrée au cœur de la personne humaine.

Douze ans après, l'évolution des technologies, les métaphores pratiques apportées par la digitalité, la pénétration des utilisations numériques, l'ubiquité cobotique, etc. amènent à se poser par des exemples du droit de cas complexes, la question du 'Droit Complexe qui accompagne cette société humaine, facilitée/compliquée par ses machines mécaniques, mais aussi cérebriques.


La proposition d'organiser une "conflexion" (une réflexion à plusieurs dans un contexte ouvert et donc complexe), entre juristes, informaticiens, humanistes, "cybériens", militaires et politiques, paraît un challenge intellectuellement intéressant à la mesure universitaire de Montpellier.